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Aviation Civile

<strong>ORBITAL-ATK OCCUPE L'ESPACE</strong>

<strong>ETATS-UNIS</strong> <strong>LE GÉANT AMÉRICAIN CONTINUE D'ÉTENDRE SON INFLUENCE DANS TOUS LES SECTEURS ÉCONOMIQUES DE L'AÉROSPATIALE AMÉRICAINE, GRÂCE À SES DIVERSIFICATIONS ET SES CHOIX STRATÉGIQUES.</strong>

Avec Boeing, Lockheed Martin, Aerojet Rocketdyne et, dans une moindre mesure, SpaceX, Orbital-ATK fait partie des poids lourds de l'industrie spatiale aux Etats-Unis. Avec plus de 12000 employés pour un chiffre d'affaires de 4,5 Md$ et 15 Md$ de commandes (2015), l'entreprise qui cumule succès et anrospatiaux nonces depuis un an est le résultat d'une fusion finalisée le 9 février 2015 entre Orbital Science Corporation et Alliant Techsystems. Répartie sur plusieurs sites, la direction de la multinationale est basée à Dulles, dans l'Etat de Virginie : un lieu qui abrite aussi la division Space Systems. Discrète, Orbital-ATK n'en est pas moins devenue indispensable dans la plupart des secteurs aé-en tant que sous-traitant, en plus d'être un acteur majeur de la défense américaine: des munitions jusqu'aux composites du F-35, et bien entendu plus proche de ses travaux spatiaux, des propulseurs de missiles comme le Hellfire ou le Sea Sparrow.

Le premier lanceur orbital entièrement développé sur fonds privés en 1990, Pegasus, est encore en activité au sein d'Orbital-ATK. Emportée sous voilure par un Lockheed L1011 TriStar, la fusée est larguée et permet d'emporter des charges de moins de 500 kg en orbite basse terrestre. Pegasus représente malgré sa faible utilisation une carte de visite imposante (28 succès consécutifs) pour la famille de lanceurs Orbital-ATK. En 2000 a lieu le lancement de la première fusée Minotaur, qui utilise les mêmes composants que certains missiles balistiques américains (Minuteman pour Minotaur I, Peacekeeper pour Minotaur IV). A l'exception de la variante Taurus (ou Minotaur C) qui cumulera deux échecs en 2010 et 2011, ces lanceurs sont reconnus pour leur fiabilité et ont permis quelques décollages importants comme celui de la mission lunaire Nasa LADEE en septembre 2013. Deux lancements de Minotaur I et C sont prévus en 2016.

RETOUR D'ANTARES. Le 6 juillet 2016 verra également le retour de la fusée Antares au premier plan, dans sa version 230. Le lanceur, développé suite à la sélection d'Orbital Science Corporation pour le programme COTS (devenu Commercial Ressuply Services) de la Nasa en 2008, a volé pour la première fois le 21 avril 2013. Originellement nommée Taurus II, la fusée était équipée pour le premier étage de moteurs russes NK-33 restés sous cocon depuis leur production durant la course à la Lune de l'époque soviétique, expertisés et testés aux Etats-Unis. Une décision qui attirera les critiques, culminant lors du cinquième vol d'Antares le 28 octobre 2014 : l'un des moteurs explose et la fusée retombe en flamme sur son pas de tir de Wallops (Virginie). La catastrophe intervient au plus mauvais moment, alors que l'accord de fusion Orbital-ATK n'est pas encore officiel. Mais contre toute attente, une nouvelle stratégie est définie : le groupe remplacera tout le bloc propulsif de la fusée pour utiliser les nouveaux RD-181, russes également. Durant la période de transition et de travaux entre l'accident et le remplacement, l'entreprise utilise par deux fois avec succès les services de United Launch Alliance (ULA) pour envoyer le cargo Cygnus en orbite. De ce fait, le cargo orbital a pu évoluer et remplir sa mission de ravitaillement de l'ISS. Cygnus est lui aussi produit et assemblé en interne, à l'exception de sa soute pressurisée qui est signée Thales Alenia Space. Pour Antares, la fusée est d'ores et déjà sur son pas de tir, préparant un test de mise à feu à vide avant son lancement pour l'orbite basse prévu le 31 mai.

BOOSTERS DU SLS. L'autre chantier majeur de la firme concerne le lanceur lourd SLS, dont le premier vol est programmé au troisième trimestre 2018. Orbital-ATK est un acteur majeur du projet, puisque l'entreprise fournira les deux boosters auxiliaires à poudre qui contribueront jusqu'à 75 % à l'accélération lors de la première phase de vol. Basés sur ceux produits par Orbital Science Corporation pour les navettes américaines, ces boosters sont constitués de cinq segments chargés de carburant solide : ce sont les plus imposants et plus puissants au monde de cette catégorie. Le 28 juin 2016 aura lieu le dernier test de puissance avant le décollage en 2018 : sur un site d'essais de la firme situé en Utah, un booster positionné à l'horizontale exprimera sa pleine puissance durant 126 secondes. Les segments des pièces destinées au vol sont également en cours d'assemblage pour une livraison en 2017. Les boosters ne sont pas les seuls contrats liés à la SLS pour Orbital-ATK. L'entreprise produira le système de sauvetage d'urgence pour les missions habitées avec la capsule Orion : un moteur à poudre qui, en 3 secondes, doit propulser la capsule hors de danger. « Nous espérons qu'il ne sera jamais utilisé, mais nous avons l'assurance de construire un système capable de garder les astronautes en sécurité », déclarait en 2015 John Davidson, responsable du programme. Ce système ne sera actif que pour la première mission habitée prévue en 2021-2023.

L'entreprise est engagée dans une expansion sans précédent de ses activités. Orbital-ATK fournira les boosters auxiliaires à poudre pour les lanceurs Atlas 5 et Vulcan à compter de 2018. De plus, outre Antares, l'entreprise réalise les travaux préliminaires pour un nouveau lanceur, développé avec l'US Air Force, qui pourrait être actif pour des contrats de type Evolved Expandable Launch Vehicle d'ici 2020. Financé à hauteur de 180 M$ par l'état et 125 M$ en interne (maxima), le projet est encore en phase de préparation. « Si les indicateurs du marché continuent dans la bonne direction, nous prendrons la décision au milieu de l'année prochaine, selon les travaux qui resteront à mener », a déclaré le 5 mai David Thompson, le directeur exécutif d'Orbital-ATK. Dénommée provisoirement « Next Generation Launcher », cette fusée utiliserait trois étages ne nécessitant pas de développements spécifiques. Le premier étage serait constitué d'un moteur à poudre Castor 600, épaulé selon le profil de la mission par un ou plusieurs boosters GEM, tous déjà disponibles en interne. Les segments du premier étage seront réalisés en composite, tout comme le second étage étalement à propulsion solide (Castor 300).

Le dernier étage propulsif de cet ensemble, qui se veut particulièrement centré sur la modularité, serait fourni sur étagère par Blue Origin. Le moteur BE-3U, spécialement adapté pour un fonctionnement dans le vide spatial, utilise une propulsion cryogénique et sera réallumable plusieurs fois. Orbital-ATK est également en discussions avancées avec le Kennedy Space Center en Floride pour louer l'un des quatre gigantesques hangars du VAB, et avec la Nasa pour partager l'usage du pas de tir 39B, actuellement en cours de rénovations pour accueillir la fusée SLS.

ACTIVITÉS SATELLITES. Enfin, Orbital-ATK est impliqué dans la conception et la réalisation de satellites. C'est le cas de Thaicom 8, mis en orbite le 27 mai par SpaceX. L'entreprise commercialise ses plateformes GEOStar aux opérateurs de télécommunication, et profite de son expérience pour assembler des constellations de satellites aux orbites basses comme dans le cas d'Orbcomm (initialement filiale d'Orbital Science Corporation) ou Iridium Next. A la pointe sur la propulsion des satellites, Orbital-ATK espère damer le pion à son concurrent Aerojet Rocketdyne pour le remplacement sur le long terme de l'hydrazine. Son composé, le LMP-103S, est plus stable, 30 % plus dense, moins toxique… Le marché s'ouvrira à ces nouveautés à l'horizon 2020.

¦ Eric Bottlaender

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