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Défense
Yémen : Polémique en Europe, contrat record aux Etats-Unis
Yémen : Polémique en Europe, contrat record aux Etats-Unis

| La rédaction

Yémen : Polémique en Europe, contrat record aux Etats-Unis

Alors que la polémique enfle en Europe sur les exportations d'armement dans les pays du Golfe Persique dans le contexte du conflit yéménite, et que le rapport parlementaire des députés J. Maire et M. Tabarot insiste sur les attentes de l’opinion publique, l’administration américaine vient de donner en toute discrétion son accord pour l'acquisition par les EAU, également impliqués dans ce conflit, d'une quantité d'armements sans précédent dans la région.

Package Deal

Le 29 octobre dernier et juste avant l’élection présidentielle, le congrès américain a de manière informelle autorisé le département d’état à initier trois procédures de vente par FMS aux EAU pour une enveloppe totale de 23,4 G$. Il s’agit tout d’abord d’un contrat d’acquisition de 50 F-35 d’une valeur de 10,4 G$, avec toute la chaîne de maintenance et de support associée. Un contrat qui s'accompagne surtout d'un véritable package deal destiné à doter les EAU de la force aérienne la plus moderne de la région avec Israël, tout en ouvrant la porte à des opérations combinées avec l’état hébreu. Ainsi une seconde FMS a été accordée pour la vente de 18 drones Reaper alors même que, jusqu'à présent, Abu Dhabi employait comme Ryad les Wing Loong II chinois en raison du refus de l'administration américaine d'exporter ses drones armés dans la région. Des Reaper "full options" non seulement dotés de capacités anti sous-marines (sonar, radar de surveillance maritime Seaspray 7500 de Leonardo) mais surtout de la dernière version des senseurs d'imagerie et de désignation multi-cibles (boule optronique EO/IR MTS-D et radar SAR/GMTI Lynx) qui ont fait la réputation du drone américain dans le cadre des opérations antiterroristes.

Carpet Bombing

A cela s'ajoute un troisième contrat de munitions aériennes spectaculaire d'un montant de 10 G$, et qui sera commun aux F-35 et aux F-16 émiratis. A côté des 802 missiles air/air AIM-120 C8, l'essentiel de cette offre porte sur des armements d'attaque au sol. A savoir plus de 6506 bombes conventionnelles (de 1000, 500 et 250 kg), 700 bombes guidées planantes JSOW de 500 kg, et 150 missiles antiradars AGM-88E. Sans oublier les 515 missiles antichars Hellfire pour les drones Reaper.

Passeport Diplomatique

Le point dur de la négociation ne semble avoir été ni le montant du contrat, ni même les considérations humanitaires, mais bien l'opposition farouche du gouvernement israélien qui ne souhaitait pas perdre son avantage stratégique en étant le seul pays de la région à disposer d’un avion de 5e génération. C'est le duo Mike Pompeo et Brian Hook en charge du dossier iranien, qui ont eu raison de la fureur de B. Netanyahou à la fin du mois d’août lorsque ce dernier a appris les détails du contrat émirati. Un apaisement obtenu en échange de la normalisation des relations diplomatiques entre Tel-Aviv et Abu Dhabi. Si celle-ci est présentée par l'administration Trump comme une avancée historique dans le règlement du conflit israélo-arabe, il s’agit surtout pour Washington de disposer d’une alliance de revers régionale sans précédent face à l'Iran. Mais derrière l’affichage diplomatique la réalité est un peu plus cynique. Alors qu’Abu Dhabi et Israël cultivent dans les faits des relations officieuses et particulièrement lucratives depuis des années, cette normalisation risque bien de diviser encore davantage le monde arabe comme de radicaliser les conflits communautaires, et ce au sein même des populations sunnites. Mais surtout, il est difficile d’imaginer que la quantité spectaculaire de munitions acquise par Abu Dhabi ne soit pas employée pour l’emporter définitivement sur le théâtre yéménite. Toujours est-il que ce contrat ne semble pas particulièrement émouvoir les médias américains ou leurs proxies européens, habituellement si prompts à mettre en avant les considérations humanitaires pour dénoncer les négociations menées au Moyen-Orient par les industries de défense concurrentes.

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