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Zoom sur la région Nylosyrtis Mensae de Mars : deux moitiés d’un tout © ESA / DLR / FU Berlin

| Gilles Dawidowicz

Zoom sur la région Nylosyrtis Mensae de Mars : deux moitiés d’un tout

En orbite autour de la planète rouge depuis 16 ans, la sonde européenne Mars Express poursuit son travail d’arpentage. L’Agence spatiale européenne nous offre une nouvelle illustration de la grande qualité de l’imagerie collectée et de ce que l’on peut en faire : de la 3D.

Au cœur de la dichotomie martienne.

Tout le monde sait maintenant que la planète rouge présente une forte dichotomie entre ses deux hémisphères. Au nord, des basses terres peu cratérisées et resurfacées, trahissant une jeunesse géologique relative. Au sud, des haut plateaux très cratérisés, bien plus vieux. Entre les deux ensembles géologiques, une zone de transition aux caractéristiques morphologiques très particulières voire chaotiques, que certains interprètent comme un paléo-rivage. L’origine de cette grande différence entre les deux hémisphères de Mars, comme celle de cette zone de transition, est toujours une énigme. Cela fait des décennies – et surtout depuis l’ère spatiale – que l’on s’interroge sur l'histoire géologique et géomorphologique de Mars. Très complexe, nous n’en avons qu’une vision « en grand ».

 

En pleine zone de transition.

Nylosyrtis Mensae se trouve à la pointe Nord de la région sombre appelée par les astronomes Syrtis Major. Surement l’endroit que les amateurs d’observations télescopiques repèrent en premier lorsqu’à la faveur des oppositions Terre-Mars, ils contemplent le petit diamant jaunâtre dans l’oculaire de leur instrument…

Plus précisément, nous sommes en bordure occidentale d’Isidis Planitia où s’est posé l'atterrisseur britannique Beagle 2, le 25 décembre 2003. Mais nous sommes surtout à l’est de Protonilus Mensae (et du cratère d’impact Moreux) et de Deuteronilus Mensae (et du cratère d’impact Lyot), parmi les deux régions les plus connues et les plus étonnantes de la zone de transition.

 

Nylosyrtis Mensae, un énorme labyrinthe.

Nylosyrtis Mensae est donc une région au relief chaotique à l’apparence fracturée, fragmentée par les éléments. On y trouve peu de cratères d’impact, qui eux aussi apparaissent avoir été profondément altérés par l’érosion. La région est faite de mesas, de lambeaux de buttes plus ou moins pyramidales ou plus ou moins plates, témoins d’un passé au niveau stratigraphique bien plus haut que l’actuel. Mais on y trouve également des tabliers d’éboulis, de larges vallées calibrées à fond plat, des champs de dunes et, chose étrange, ce que l’on interprète comme étant des résidus possibles de glaciers rocheux ou de glaciers de glace ! On croit même observer des moraines striées… Par ailleurs, les dénivelés sont ici incroyablement rapides. Parfois plus de 1 000 mètres verticalement en quelques centaines de mètres seulement. Mais que s’est-il passé ici ? Quelles ont été les forces en présence pour modeler un tel paysage ? Où sont passées les énormes quantités de « terre » qu’il manque manifestement ? Autant de questions toujours sans réponse… Même si, de plus en plus, les planétologues penchent pour une série d’évènements géologiques et géomorphologiques composés d’épisodes de sédimentation mixant des phases de volcanisme, des phases lacustres, des phases marines, et d’efficaces épisodes d’érosion avec de larges écoulements glaciaires… et probablement aussi de puissants écoulements fluviaux.

Quoiqu’il en soit, dans cette région de la zone de transition de Nilosyrtis Mensae, comme dans Protonilus Mensae et dans Deuteronilus Mensae, d’énormes écoulements et mouvements de masse se sont produits autrefois. Ils ont été très vraisemblablement les témoins de la présence d’une grande quantité d’eau. Il est tout à fait plausible qu’elle soit en partie encore présente en sub-surface sous forme de glace…

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